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22 mai 2020
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Diplômé en période de crise - Sylvain Dove (p2009)

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Qui êtes-vous ?

Sylvain DOVE, IFIE 2009 option génie Industriel, marié et père de deux jeunes enfants avec un troisième en cours de route. Je suis directeur au sein du conseil de Sopra Steria. Je suis en charge de la practice Excellence des Opérations Industrielles pour l’agence Défense et Sécurité. Je travaille principalement sur des schémas directeurs logistiques et sur des problématiques d’optimisation du recours à la sous-traitance dans le monde de la Défense (et notamment pour les armées). Je suis chez Sopra Steria depuis le rachat du cabinet LASCE Associates où j’ai fait la majorité de ma carrière suite à mon stage de fin d’études que j’avais réalisé chez Arkema. Nous étions 10 quand j’ai rejoint le cabinet LASCE en 2009 et étions app. 80 lors de notre rachat. Sopra Steria est d’un autre gabarit (+40 k personnes dans le monde, 20k en France dont app. 10% dans le conseil). 

Quand la crise a-t-elle eu une influence ? 

Dès le stage de fin d’études ! J’avais eu des propositions d’évolution chez Arkema, mais la crise est passée par là. Ma recherche d’emploi a été laborieuse avec notamment deux entreprises qui m’ont proposé des emplois à un salaire fortement inférieur à celui des offres postées. Par principe j’ai refusé de poursuivre, me disant que ce genre de comportement était un indicateur de l’approche à venir de l’entreprise. 

Heureusement j’avais des stages solides en modélisation et schéma directeur logistique et mon profil a intéressé un petit cabinet de conseil parisien. Le salaire était inférieur à ce que j’attendais, mais correct. Ma compagne (qui est depuis devenue mon épouse) n’ayant trouvé de son côté que dans le conseil à paris, nous nous sommes résolus à nous installer sur place. J’ai finalement trouvé vite en acceptant de changer de voie et de lieu de travail prévu. Mais je considère avoir eu de la chance. 

Crise et formation

Avez-vous subi les effets de la crise dans votre plan de carrière (un plan de carrière tout tracé que vous avez dû changer pour être compatibles avec des secteurs moins touchés, pour faciliter votre insertion professionnelle) ?

Je ne me voyais pas du tout dans le conseil, et encore moins à Paris. Donc dès le départ le plan de carrière était percuté. Par la suite mon cabinet a grandi vite au prix d’un boulot en mode start-up (longues heures, pas de weekend etc.). Mais en 2012 la crise a rattrapé le secteur défense et nous avons subi un coup d’arrêt fort (avec beaucoup de départs). Ce fut une opportunité pour moi en termes de prise de responsabilité mais ça n’a pas été une période facile pour le cabinet (ni au quotidien pour moi). Pour la suite j’ai eu de la chance de tomber sur un cabinet dynamique avec une équipe très rigoureuse et nous avons passé la crise, et j’ai beaucoup appris. 

Conseillez-vous d’adapter un parcours scolaire (choix des options/double diplôme) pour l’orienter vers des domaines moins impactés ou plus « d’avenir », quitte à le faire au détriment du parcours scolaire envisagé avant la crise ?

Oui, je pense qu’il faut savoir adapter son parcours. Par contre, la crise peut être une opportunité. Aujourd’hui il y a très peu de personnes de mon âge dans mon rôle dans le conseil. C’est en partie parce qu’il n’y avait plus vraiment d’embauche et que c’est un métier à forte rotation. Les difficultés que nous avons eues m’ont également permis d’obtenir plus vite plus de responsabilités. Ensuite, sortir quasi indemne d’un secteur sinistré peut être une opportunité pour ceux qui ont réussi à survivre. Donc si vous êtes vraiment motivé par un secteur, je ne serai pas celui qui vous dira d’abandonner et du coup, autant partir le mieux armé possible. Mais globalement hors vocation forte, je conseillerais quand même de prendre acte de la situation et d’orienter son parcours scolaire et sa carrière vers des secteurs a priori moins exposés et plus porteurs. Tout est question de motivation et de choix ! 

Avec le recul que vous avez maintenant, pensez-vous que la formation dispensée à l’école est utile/pertinente dans la société actuelle ?

Je ne sais pas si la formation a changé en dix ans mais il me semble que mon bagage en génie industriel était suffisamment solide en sortie d’école pour affronter mon stage et mes emplois. Cela dit j’ai continué à me former même après l’école, c’est indispensable dans le conseil (et franchement tous les métiers qui évoluent très vite). Je serai d’ailleurs diplômé d’un exec master HEC et Mines de Paris ce mois-ci. Pour moi les fondamentaux en entreprises sont probablement bien moins axés sur l’excellence et la maitrise technique (que vous n’aurez de toutes les façons pas en sortie d’école, chaque entreprise étant sur son propre sujet de pointe) que sur la rigueur, la curiosité intellectuelle et l’effort consenti… Le tout avec une bonne dose de savoir-être. Après tout, si on ne peut embarquer que peu de moussaillons pour affronter la tempête et ses conséquences, autant que ce soient des jeunes qui apprendront vite, sur qui on peut compter et qui sont agréables à vivre !

Crise et économie

Comment la crise de 2008 a-t-elle impacté les salaires ? Avez-vous une idée de l’impact de la crise actuelle ?

L’impact de la crise précédente est malheureusement toujours présent. Il y a d’excellents travaux sur le sujet surtout aux US où les milléniaux subissent également l’endettement lié aux études. À titre personnel j’ai eu un salaire à l’embauche moindre que celui des années précédentes. Et en début de carrière, on ne peut sans aide familiale bénéficier des quelques avantages d’un monde en dépression (baisse du cout d’achat de l’immobilier par exemple, aides à l’acquisition de véhicule etc.). La période 2009-2012 a également vu des décisions en termes de taxes, d’impôts, de crédits etc. qui touchaient les classes moyennes aisées auxquelles, malgré tout, vous appartenez directement avec un BAC+5 ingé et un emploi (et il faut toujours se le rappeler).

J’ai pendant les premières années eu des augmentations intéressantes (être dans une petite entreprise humaine, dynamique et en croissance aide) mais celles-ci me permettaient de tenir le rythme de l’augmentation des salaires à l’embauche. J’ai eu des camarades qui ont vu deux ou trois ans après eux des jeunes embauchés à un salaire équivalent au leur ! Après je n’ai pas à me plaindre, nous avons eu dix années consécutives de croissance quasi continue et de faible inflation et j’ai fait une belle progression salariale par la prise de nouvelles fonctions.

Quant à estimer l’impact sur les salaires de la crise actuelle, je n’en ai pas la moindre idée. Ce qui est certain, c’est que ce ne sont probablement pas de bonnes nouvelles qui nous attendent.  

Pouvez-vous estimer le temps qu’il faudra pour revenir la situation économique qu’on connaissait avant cette crise ? Pensez-vous que ce sera plus ou moins long qu’en 2008/2009 ? À votre avis, combien de temps faudra-t-il aux entreprises pour revenir à leur état normal ?

C’est une excellente question. Je n’en ai pas la moindre idée. Il est difficile de comparer une crise avant tout financière et une crise d’origine sanitaire. Ce qui est sûr c’est que comme en 2008 /2009 la reprise sera en ordre dispersé selon les secteurs. Pour ma part j’ai vécu un contre coup dans les dépenses publiques vers 2011-2012 qui fait que 2012 2013 aura été une année particulièrement dure alors que généralement les secteurs industriels privés étaient repartis du bon pied. Quant à la vitesse de la reprise, dur à dire. Pour nous ce fut très lent. 

Au niveau macro-économique les amortisseurs initiaux sont arrivés bien plus vite cette fois-ci (au prix de l’endettement mais c’est moins tabou aujourd’hui qu’il y a 10 ans), mais nous sommes toujours dans le flou sur la suite (dépression longue ? stagflation ? dépression courte ? décroissance assumée ?) et sur les politiques qui suivront (relance ? austérité ? reconstruction d’un nouveau modèle économique ?)

Crise et premier emploi

Beaucoup d’élèves semblent concernés par l’avenir du secteur aéronautique, travaillez-vous dans ce secteur ? Quelle est votre vision des choses sur ce point ?

Dans un monde avec moins de voyages en avion, il est effectivement probable que le secteur aéronautique pâtira. C’est un des fleurons de notre industrie nationale et j’espère que les secousses à venir ne détruiront pas l’emploi trop fortement parce que des zones entières en dépendent (je pense par exemple à Toulouse). Je suis pessimiste sur la question au moins à court terme.  

La crise que vous avez vécue a-t-elle impacté votre recherche de stage/d’emploi ? Si oui, comment, et comment vous en êtes-vous sorti ? (Est-ce que les entreprises avaient toujours les moyens d’embaucher, est-ce qu’elles privilégiaient les stagiaires potentiellement moins chers, ou au contraire des personnes plus expérimentées plus « rentables » ?)

Je pense avoir donné des éléments plus haut. Je ne suis pas passé par la case CDD puis CDI mais là encore, j’ai eu de la chance. Par contre j’aimerais aborder deux sujets que j’ai effleuré et qui, je pense, pourraient vous intéresser. 

Notre génération a vécu certes une crise. Mais nous avons je pense surtout été définis par le changement du fonctionnement du monde du travail (du moins pour les cols blancs) qui a été accéléré par la crise. 

J’ai vu dans les premières années la frontière vie privée / vie professionnelle et les exigences de réactivité changer avec l’arrivée de l’iPhone / Android. La gestion des mails tardifs, le travail le weekend depuis la maison etc. ont probablement été aidés technologiquement et aussi par l’urgence et la pression que peut apporter la crise. Les régulations et / ou les bonnes habitudes d’hygiène quant à ces nouveaux modes de travail ont mis du temps à venir. 

Également, je suis d’une génération qui a je pense (la crise et l’austérité qui a suivi aidant) un lien et des attendus différents vis-à-vis de l’entreprise que les générations précédentes. Je n’ai pas d’avis sur la question du positif / négatif de la chose (la frontière floue me permet par exemple d’être souvent présent le soir pour mes enfants au prix d’un travail jusque tard la nuit par la suite, là où avant un consultant aurait eu du mal à être présent), mais il est certain que lorsque vous obtiendrez un emploi, ce seront ces questions qui façonneront votre quotidien. J’ai aussi vu des évolutions positives sur les questions du développement individuel, de la satisfaction au travail etc, mais elles sont arrivées suite à une croissance continue, pas lors de la crise.  

Je ne serais donc pas étonné que la crise actuelle ne vienne, elle aussi, avec des changements profonds dans les façons de travailler. Arriver sans habitudes ni préconceptions dans un monde du travail en rupture peut aider mais également vous exposer aux risques imprévus. Également, nos carrières sont devenues moins linéaires et moins tracées, les vôtres seront probablement différentes, mais nous ne savons pas encore comment elles évolueront. 

En quelques mois je mesure les adaptations qui ont été nécessaires en confinement pour assurer le maintien de l’activité, les évolutions du management, de la relation client, des supports d’échange etc… Il y aura une part de retour à la normale « d’avant » lors du déconfinement, mais je pense par exemple que la question du télétravail aura avancé d’une décennie en deux mois. 

Également, les conditions de vie de nouveaux ingénieurs ne seront pas les mêmes. Paris a été pour moi la clef de l’emploi immédiat dans un moment de tension. Peut-être que demain la géographie de l’emploi changera pour les ingénieurs. Des questions majeures telles que la place du travail, les conditions de prêts bancaires, les prix de l’immobilier, les besoins de mobilité etc. changeront. Le contexte change, et il faudra peut-être abandonner certains anciens réflexes. 

Le futur est impossible à prévoir, mais c’est sûr que vos années à venir sont beaucoup moins tracées que ça n’a pu l’être, même pour l’année précédente. N’oubliez juste pas que c’est souvent en période de crise que les plus belles entreprises sont créées et que les idées ambitieuses sont possibles. Et puis, lorsque je regarde les IFI 2009, je vois des trentenaires aux carrières très différentes, certains mariés, parents ou non de joyeux bambins et fondamentalement, l’important c’est de trouver son chemin et de ne pas oublier ce qui est important dans la vie. Bon courage, un autre volet plein de possibles de votre vie va commencer ! 





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